À l’occasion de notre 10e anniversaire, nous avons mené une étude sur l’évolution de la rémunération des intermittents et intermittentes depuis 10 ans. Cette rétrospective nous a permis d’échanger avec des expert·es du secteur culturel. Aujourd’hui, Astrid Reymond, secrétaire générale de la FESAC, répond à nos questions et nous partage son point de vue.

Quel regard portez-vous sur l’évolution de la situation des intermittents ces 10 dernières années ?
Les crises sociales et politiques de 2003, puis de 2014 ont fortement marqué le secteur. Elles ont déclenché de grandes concertations et réflexions qui ont permis de mettre en lumière la situation spécifique des intermittents, et l’exigence d’un traitement particulier lié principalement à une activité par projet nécessitant une forte flexibilité. Les aménagements spécifiques de leur régime d’assurance chômage permettent ainsi de favoriser la structuration du secteur, sa professionnalisation, le développement de l’emploi, la diversité de la création, mais surtout la possibilité d’exercer dans notre pays un métier artistique à part entière, permettant ainsi au spectacle de rayonner pleinement dans toutes ses dimensions. Lors de ces crises, les gouvernements en place ont compris la complexité et la spécificité de fonctionnement de ce secteur, et son poids économique conséquent.
En 2015, l’inscription dans la loi d’une négociation basée sur une procédure « à deux niveaux » a été instaurée pour mieux prendre en compte la situation des intermittents et de leurs employeurs. Elle permet aux organisations professionnelles du secteur de participer directement à l’élaboration des règles d’assurance chômage spécifiques, dans un cadre défini par les partenaires sociaux au niveau interprofessionnel.
Et plus récemment ?
L’importance des intermittents, et leur situation atypique, ont été pleinement prises en considération lors de la crise sanitaire. Des aménagements conséquents de leur régime d’assurance chômage ont eu lieu. Cela leur a permis de bénéficier d’une protection solide, nécessaire, et de préserver l’existence même du secteur, et de ses savoir-faire. Dernièrement, de nombreuses branches du spectacle ont renégocié au mieux les rémunérations. Ceci pour tenir compte des effets de l’inflation, liés au déclenchement de la guerre en Ukraine et des difficultés d’une partie des entreprises à se remettre des effets économiques de la crise sanitaire. C’est donc un secteur actif, conscient de sa valeur, et très attaché à préserver le chemin accompli, notamment sur le plan social.
Comment expliquer la croissance plus forte de l’effectif des artistes par rapport aux techniciens d’après vous ?
L’augmentation de l’effectif des artistes ne peut être que positive, cela signifie notamment que les métiers du spectacle sont attractifs. Des tensions de recrutement ont toutefois pu être observées ces derniers mois, notamment concernant les techniciens par rapport au niveau d’intensité de l’activité. Il est possible que la petite différence d’évolution entre artistes et techniciens puisse en partie s’expliquer par les effets de différents dispositifs de soutien à l’emploi mis en place ces dernières années. On peut penser au fond national pour l’emploi pérenne dans le spectacle (Fonpeps) ou le GIP Cafés Culture, qui favorisent l’emploi des artistes, lesquels sont en général considérés comme plus fragiles.
À votre avis, à quels défis faudra-t-il faire face dans les 10 prochaines années ?
Les spécificités du spectacle sont parfois mal connues, ou incomprises en dehors du secteur. Or il nécessite de nombreuses adaptations indispensables à son bon fonctionnement ; il faut donc bien le connaître, ou bien le faire connaître.
Depuis de nombreuses années, le secteur du spectacle s’est organisé et s’est structuré. Le régime d’assurance chômage des intermittents, élaboré au fil des ans, en fait évidemment partie. Il est impératif de protéger cet univers précieux qui s’est progressivement construit, quoi qu’il arrive. Il ne peut être remis en cause ou déconstruit au gré des évènements économiques et politiques de la société. La Culture étant essentielle, et garante de la liberté de penser et de critique, ne peut et ne doit jamais être traitée comme une variable d’ajustement dans toutes ses composantes. Si les rouages du secteur peuvent bien sûr faire l’objet de réflexions ou d’évolutions, elles doivent toujours être menées avec les acteurs qui le composent, dans un délai qui le permette, et en tenant compte à chaque fois de l’histoire de chaque règle. Tout ne se règle pas, en effet, à coup de calculette. Il faut faire attention car la diversité du secteur culturel doit être et doit rester un absolu pour une société épanouie.
Et pour les plus curieux·ses, retrouvez l’étude complète juste ici.
Envie de lire d’autres témoignages ?
La Fesac n’est pas la seule experte à être intervenue sur cette étude ! Vous aimerez autant découvrir les témoignages du Synpase, de la Ficam et de Movinmotion sur l’évolution de la rémunération des intermittents et intermittentes ces dix dernières années. Promis, ça vaut le coup !
